La France traverse depuis début juillet 2026 sa troisième vague de chaleur de l'année, avec des vigilances rouge et orange dans plus de 70 départements. Un décret du 3 juillet 2026 modernise le registre communal des personnes vulnérables et la FNI réclame l'intégration officielle des infirmiers libéraux dans la chaîne d'alerte canicule. Ce guide fait le point sur le cadre réglementaire actuel, les signes d'alerte à surveiller à domicile, et ce qu'un IDEL peut réellement facturer aujourd'hui pendant un épisode de forte chaleur.
Canicule 2026 : le rôle de l'infirmière libérale à domicile
Depuis début juillet 2026, la France connaît sa troisième vague de chaleur de l'année. Une alerte rouge a concerné 26 départements le 14 juillet, suivie d'une vigilance orange dans 70 départements le 15 juillet. Pour les infirmières et infirmiers libéraux, qui interviennent quotidiennement au domicile des patients les plus vulnérables aux fortes chaleurs, la question du rôle à jouer pendant ces épisodes revient chaque été. En 2026, un nouveau texte réglementaire et une demande syndicale relancent le débat. Voici ce qui est acté, ce qui reste à l'état de proposition, et ce que vous pouvez facturer aujourd'hui.
Une troisième vague de chaleur depuis mai 2026
L'épisode de mi-juillet 2026 est marqué par des températures diurnes comprises entre 35 et 38 degrés, atteignant 40 degrés dans le Sud-Ouest et en Provence. Le point le plus préoccupant pour la santé publique concerne les nuits : les minimales restent élevées, entre 19 et 22 degrés dans la plupart des régions, entre 21 et 24 degrés près de la Méditerranée et de la vallée du Rhône, avec des pointes de 25 à 29 degrés dans les Bouches-du-Rhône et les Pyrénées-Orientales. Ces nuits sans répit sont considérées comme le facteur aggravant principal de la vague de chaleur, car elles empêchent l'organisme de récupérer.
Ce troisième épisode depuis mai 2026 inquiète particulièrement pour son effet cumulatif sur les populations déjà fragilisées par les deux vagues précédentes.
Le nouveau cadre réglementaire : le décret n°2026-590
Le 3 juillet 2026, un décret est venu moderniser un outil ancien mais peu utilisé : le registre communal des personnes vulnérables. Publié au Journal officiel le 4 juillet 2026, le décret n°2026-590 s'inscrit dans l'application de la loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien-vieillir.
Ce texte modifie l'article R121-2 du Code de l'action sociale et des familles sur plusieurs points :
- Fin de la limitation aux plans d'alerte : le registre communal pouvait jusque-là servir exclusivement à la mise en oeuvre des plans d'alerte et d'urgence, comme le plan canicule. Il peut désormais être utilisé toute l'année pour organiser un contact régulier avec les personnes inscrites et les informer sur leurs droits.
- Inscription automatique élargie : les bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) à domicile et de la prestation de compensation du handicap (PCH) sont désormais inscrits automatiquement, sauf opposition de leur part. Cette mesure concernerait plus de deux millions de personnes supplémentaires.
- Responsabilité et accès aux données : le maire reste responsable du registre. Seuls le maire et les agents communaux ou du CCAS/CIAS spécialement habilités peuvent y accéder, dans le respect du RGPD.
Le texte ne mentionne à aucun moment les infirmiers libéraux ni les professionnels de santé. Il élargit l'outil de repérage des personnes vulnérables au niveau communal, sans créer de circuit d'information vers les IDEL de secteur.
La FNI réclame l'intégration officielle des IDEL
Le 8 juillet 2026, la Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) a publié un communiqué demandant au gouvernement d'utiliser pleinement les registres communaux modernisés pour mobiliser les infirmiers libéraux pendant les épisodes de canicule.
Les demandes de la FNI portent sur trois points :
- Activation immédiate des registres communaux en lien avec les infirmiers libéraux de secteur pour identifier les personnes âgées et handicapées les plus vulnérables.
- Intégration officielle des IDEL dans la chaîne d'alerte territoriale, avec une instruction nationale et un protocole encadrant les transmissions de données entre communes, CCAS, ARS, CPAM, CPTS et professionnels de santé.
- Reconnaissance conventionnelle et financière de la mission dite d'aller-vers à domicile, pour intervenir plus tôt auprès des personnes isolées, prévenir les déshydratations graves et éviter des hospitalisations évitables.
Ce point est essentiel à comprendre : à ce jour, cette reconnaissance financière n'existe pas. Il s'agit d'une demande syndicale, pas d'une mesure conventionnelle actée. Aucun texte n'organise à l'heure actuelle la transmission automatique des données du registre communal vers les IDEL de secteur.
Le BIPC de l'Onsil : une proposition, pas encore une cotation
Dans ce contexte, l'Onsil a élaboré une proposition baptisée Bilan Infirmier de Prévention Canicule (BIPC), transmise au ministère de la Santé, à l'Assurance Maladie et à la Haute Autorité de Santé pour examen.
L'idée s'appuie sur un dispositif déjà existant : Mon Bilan Prévention, ouvert aux infirmiers par l'arrêté du 28 mai 2024. Le BIPC consisterait à décliner ce bilan sous la forme d'un « Mon Bilan de Prévention Infirmier Plan Canicule », avec évaluation du niveau de risque au domicile, diagnostic infirmier, surveillance adaptée et documentation dans le dossier patient.
L'Onsil revendique une approche pragmatique : adapter un outil déjà homologué plutôt que créer une nouvelle usine administrative. Mais il faut être clair sur le statut de cette proposition : le BIPC n'est pas une cotation officielle. Aucun tarif, aucune date de mise en oeuvre et aucune validation par les autorités sanitaires n'ont été communiqués à ce jour.
Quels patients surveiller en priorité pendant un épisode de canicule
En l'absence de dispositif de repérage automatisé partagé avec les IDEL, l'identification des patients les plus exposés repose largement sur la connaissance clinique déjà construite en tournée. D'après les recommandations diffusées par les autorités pour les personnes âgées, plusieurs facteurs de risque doivent orienter une vigilance renforcée :
- L'âge : les personnes de 65 ans et plus, et particulièrement celles de plus de 75 ans, sont les plus exposées aux complications de la chaleur
- L'isolement social : un patient vivant seul, sans entourage passant régulièrement, cumule le risque climatique et le risque de non-détection d'une dégradation
- La polymédication : certains traitements (diurétiques, antihypertenseurs, psychotropes, certains traitements pour troubles cognitifs) augmentent le risque de déshydratation ou perturbent la thermorégulation
- Les pathologies chroniques : insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, diabète, pathologies neurodégénératives
- La perte d'autonomie : les patients dépendants, en particulier ceux bénéficiant déjà du BSI, cumulent souvent plusieurs de ces facteurs
Pour ces patients, il est recommandé d'échanger avec les proches ou aidants sur la fréquence des visites en dehors de vos passages, et de signaler sans délai au médecin traitant toute évolution inhabituelle de l'état clinique, en particulier une confusion nouvelle ou une baisse marquée de la diurèse rapportée par l'entourage.
Que peut faire l'IDEL en attendant une reconnaissance officielle ?
Tant que la demande de la FNI n'aura pas abouti à un texte conventionnel, aucune procédure nationale n'organise la transmission d'informations entre le registre communal et les infirmiers de secteur. Plusieurs actions restent néanmoins à la portée de l'IDEL, sans attendre un nouveau dispositif :
- Orienter les patients éligibles vers l'inscription volontaire au registre communal de leur commune, notamment ceux qui ne bénéficient pas de l'inscription automatique liée à l'APA ou à la PCH
- Documenter systématiquement dans le dossier de soins les éléments de vigilance climatique observés lors de chaque passage (hydratation, température du logement, présence de ventilation ou de climatisation, isolement)
- Coordonner avec le pharmacien et le médecin traitant en cas de doute sur l'adaptation d'un traitement pendant l'épisode de chaleur, en particulier pour les diurétiques
- Se rapprocher du CCAS ou de la mairie pour signaler une situation d'isolement repérée en tournée, même en dehors de toute procédure formalisée
- Suivre les communiqués de la FNI, du SNIIL et de l'Onsil sur l'évolution de leurs démarches, car un cadre conventionnel pourrait être négocié dans les prochains mois si la pression syndicale aboutit
Ces actions relèvent de la pratique clinique courante et ne créent aucun droit à facturation supplémentaire. Elles permettent toutefois de sécuriser le suivi des patients les plus fragiles en l'absence, à ce jour, d'un protocole national dédié.
Reconnaître les signes d'alerte chez un patient âgé à domicile
En l'absence de protocole spécifique canicule, la vigilance clinique reste l'outil principal de l'IDEL en tournée pendant un épisode de forte chaleur. Les personnes âgées ressentent souvent la soif de façon tardive et atténuée, ce qui les expose à une déshydratation importante sans qu'elles en aient conscience.
| Signe | Déshydratation | Coup de chaleur |
|---|---|---|
| Premiers signes | Soif, sécheresse des lèvres, fatigue anormale | Fièvre élevée, maux de tête, forte soif |
| Signes d'alerte | Diminution des urines, urines foncées, confusion, agitation, somnolence | Température corporelle supérieure à 40°C, confusion, convulsions |
| Gravité | Peut évoluer vers le coma si non prise en charge | Urgence médicale immédiate |
| Conduite à tenir | Hydratation, rafraîchissement, surveillance rapprochée | Appel du 15 ou du 112 sans délai |
Les recommandations générales de prévention restent les mêmes que celles diffusées chaque été : proposer de l'eau régulièrement sans attendre la sensation de soif, éviter l'alcool, humidifier le visage et les avant-bras plusieurs fois par jour, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes. Un appel au 15 ou au 112 s'impose en cas de troubles de la conscience, de confusion importante, de fièvre élevée, de peau très chaude, d'impossibilité de boire ou de vomissements répétés.
Pour les patients déjà suivis pour des pathologies chroniques ou en fin de vie, l'épisode de canicule justifie souvent un resserrement temporaire de la fréquence de passage, en particulier pour les patients isolés ou vivant seuls.
Ce que vous pouvez facturer aujourd'hui pendant une visite en période de canicule
Il n'existe, à la date de publication de cet article, aucune lettre-clé ni majoration NGAP propre à la canicule. Une visite reste facturée selon les règles habituelles :
- L'acte réalisé (surveillance, injection, pansement, etc.) selon sa cotation normale
- L'indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) : 2,75 euros par passage à domicile
- L'indemnité kilométrique (IK) : 0,35 euro par kilomètre en plaine, 0,50 euro en montagne
- Les majorations habituelles (nuit, dimanche, jour férié) si elles s'appliquent, selon les règles de tarification en vigueur
Mon Bilan Prévention, coté avec la lettre-clé RDI, reste par ailleurs disponible pour les patients appartenant aux tranches d'âge 18-25, 45-50, 60-65 ou 70-75 ans, sans prescription médicale, à hauteur de 30 euros en métropole (31,50 euros dans les Drom), pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie. Ce dispositif n'est toutefois pas conçu comme un outil d'urgence climatique et ne peut être facturé qu'une seule fois par personne et par tranche d'âge.
Aucune visite supplémentaire liée spécifiquement à la vigilance canicule n'ouvre droit à une majoration particulière en dehors des règles générales déjà en vigueur.
Adapter sa tournée sans nouvelle rémunération dédiée
En l'absence de cadre financier spécifique, la marge de manoeuvre des IDEL passe surtout par l'organisation de la tournée : prioriser les visites aux patients les plus vulnérables aux heures les moins chaudes, optimiser les trajets pour limiter le temps d'exposition, et signaler aux familles ou au médecin traitant toute dégradation observée chez un patient isolé.
Pour les IDEL exerçant en zone rurale, où l'isolement géographique s'ajoute à l'isolement social des patients âgés, le registre communal élargi par le décret n°2026-590 peut, à terme, devenir un outil de repérage utile si les communes acceptent de partager l'information avec les professionnels de santé de secteur. Pour l'instant, ce partage reste à l'initiative de chaque commune, en l'absence d'obligation nationale.
En résumé
- Troisième vague de chaleur depuis mai 2026, avec vigilance rouge dans 26 départements le 14 juillet et vigilance orange dans 70 départements le 15 juillet 2026
- Le décret n°2026-590 du 3 juillet 2026 modernise le registre communal des personnes vulnérables, sans mentionner les infirmiers libéraux
- La FNI demande, dans un communiqué du 8 juillet 2026, l'intégration officielle et rémunérée des IDEL à la chaîne d'alerte canicule, mais cette demande n'est pas encore actée
- Le BIPC proposé par l'Onsil reste une proposition transmise aux autorités, sans cotation ni calendrier officiels
- Aucune lettre-clé NGAP spécifique à la canicule n'existe : IFD, IK et majorations habituelles restent les seules règles applicables
- Mon Bilan Prévention (RDI, 30 euros) reste mobilisable selon les tranches d'âge éligibles, hors dispositif d'urgence climatique dédié
Sources officielles
- Légifrance : Décret n°2026-590 du 3 juillet 2026 relatif au registre communal des personnes vulnérables : legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054386844
- FNI : Communiqué du 8 juillet 2026, demande d'activation des registres communaux avec les infirmiers libéraux : fni.fr
- Onsil : Proposition de Bilan Infirmier de Prévention Canicule (BIPC) : onsil.fr
- ameli.fr : Mon Bilan Prévention, déroulement et facturation (code RDI) : ameli.fr/infirmier/sante-et-prevention/bilan-prevention-ages-cles
- ameli.fr : Tarifs conventionnels infirmiers, IFD, IK, majorations : ameli.fr/infirmier/exercice-liberal/facturation-remuneration/tarifs-conventionnels/tarifs
- ameli.fr Assuré : Canicule et soins urgents, épuisement, déshydratation et coup de chaleur : ameli.fr/assure/sante/themes/canicule-chaleur
- Pour les personnes âgées (service public) : Déshydratation, conseils de prévention en cas de fortes chaleurs : pour-les-personnes-agees.gouv.fr
- franceinfo : Vigilances météo canicule, 14 et 15 juillet 2026 : franceinfo.fr
Questions fréquentes
Experte en accompagnement IDEL chez Maison des Infirmiers, Camille accompagne les IDEL depuis leur installation jusqu’à leur gestion quotidienne.