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Pilulier infirmière libérale : cotation BSI et AMI 1,2 2026

CR
Camille Rousseau
Co-fondatrice, IDEL depuis 6 ans
·10 août 2026 · 8 min de lecture
En résumé

La préparation d'un pilulier n'est pas un acte NGAP autonome : elle n'a jamais de cotation propre. Pour un patient sous BSI, elle est incluse dans le forfait journalier (BSA, BSB ou BSC). Hors BSI, elle peut ouvrir droit à l'AMI 1,2 (3,78 euros) si le patient présente un trouble neurologique, psychiatrique, cognitif, sensoriel ou moteur rendant l'auto-administration impossible. En dehors de ces deux cadres, elle n'est pas facturable.

Pilulier infirmière libérale : cotation BSI et AMI 1,2 2026

Préparer un pilulier fait partie du quotidien de nombreuses tournées IDEL. C'est un geste rapide, souvent enchaîné avec un autre soin, et pourtant sa facturation reste une source de confusion récurrente. Beaucoup d'infirmières libérales se demandent s'il existe un code dédié, si le pilulier est inclus dans le BSI, ou si elles peuvent le facturer isolément lors d'un simple passage de vigilance.

La réponse tient en une règle simple mais qui a trois cas de figure bien distincts. Ce guide les détaille avec les cotations exactes en vigueur en 2026.

La préparation du pilulier n'est pas un acte NGAP autonome

Premier point à clarifier : contrairement au pansement, à l'injection ou au prélèvement, la préparation d'un pilulier n'a aucune cotation propre dans la nomenclature générale des actes professionnels. Ce n'est pas un acte listé avec son propre coefficient AMI.

Cela signifie concrètement qu'un passage dont le seul objet est de remplir un semainier ne peut jamais être facturé isolément, quel que soit le profil du patient. La cotation dépend entièrement du contexte dans lequel ce geste s'inscrit.

Trois situations existent :

  1. Le patient est pris en charge sous BSI : le pilulier est inclus dans le forfait.
  2. Le patient n'est pas sous BSI mais présente un trouble rendant l'auto-administration impossible : l'AMI 1,2 peut s'appliquer.
  3. Le patient n'est pas sous BSI et ne présente pas ce type de trouble : le pilulier n'est pas facturable.

Cas 1 : patient sous BSI, le pilulier est inclus dans le forfait

Pour un patient dépendant pris en charge dans le cadre d'un Bilan de Soins Infirmiers, l'aide à la prise des médicaments et la préparation du pilulier font partie des soins de nursing couverts par le forfait journalier BSI. Aucune ligne de cotation supplémentaire ne s'ajoute pour ce geste : il est absorbé par le forfait, au même titre que la toilette ou l'aide aux transferts.

Les trois niveaux de forfait BSI, inchangés en 2026, sont les suivants.

Forfait Niveau de dépendance Tarif journalier
BSA Dépendance légère 13,00 €
BSB Dépendance intermédiaire 18,20 €
BSC Dépendance lourde 28,70 €

Si vous facturez déjà un forfait BSI pour un patient, inutile de chercher une cotation additionnelle pour le pilulier réalisé lors du même passage : elle n'existe pas et le forfait la couvre déjà. Pour l'ensemble des règles de cotation, de renouvellement et d'éligibilité au BSI, consultez notre guide complet du Bilan de Soins Infirmiers.

Cas 2 : patient hors BSI avec trouble neurologique, psychiatrique, cognitif, sensoriel ou moteur

Pour un patient qui n'est pas pris en charge sous BSI mais qui ne peut pas gérer seul la prise de ses médicaments, la NGAP prévoit un acte spécifique : l'administration et surveillance de la prise de médicaments, coté AMI 1,2, soit 3,78 euros (coefficient 1,2 appliqué à la valeur de l'AMI à 3,15 euros).

Une décision de l'UNCAM du 2 juin 2026, publiée au Journal officiel le 20 juin et entrée en vigueur le 21 juin 2026, a élargi le champ d'application de cet acte. Il concerne désormais tout patient présentant un trouble neurologique, psychiatrique, cognitif, sensoriel ou moteur rendant impossible l'auto-administration de son traitement : patient hémiplégique après un AVC, patient malvoyant incapable de préparer son propre pilulier, patient avec séquelles motrices sévères, ou trouble cognitif débutant.

Les voies d'administration couvertes se sont également étendues : orale, ophtalmique, auriculaire, nasale, cutanée, vaginale et rectale.

Conditions de facturation à respecter :

  • L'acte est facturable une seule fois par passage, quel que soit le nombre de médicaments ou de voies d'administration concernées.
  • Il suppose l'administration d'au moins un médicament remboursable.
  • Une fiche de surveillance doit être établie et documenter le trouble à l'origine de l'incapacité : c'est la pièce justificative en cas de contrôle CPAM.

Ce dernier point est le plus fréquemment négligé. En cas de contrôle, l'absence de traçabilité du trouble justifiant l'acte est le premier motif de rejet ou de demande de remboursement. Le dossier de soins doit mentionner explicitement la nature du trouble, pas seulement "aide à la prise des médicaments". Pour le détail complet de cette évolution réglementaire du 21 juin 2026, voir notre article sur les changements NGAP du 21 juin 2026.

Cas 3 : patient hors BSI, sans trouble justifiant l'AMI 1,2

C'est le cas le plus fréquent de confusion. Une patiente âgée autonome, sans trouble cognitif ni moteur avéré, demande à son IDEL de préparer son pilulier chaque semaine "pour être sûre de ne rien oublier". Le geste est rendu par bienveillance, souvent lors d'un passage déjà justifié par un autre acte technique.

Dans cette situation, la préparation du pilulier n'est pas un acte facturable à l'assurance maladie. Ni en tant qu'acte autonome, puisqu'il n'existe pas dans la NGAP, ni en tant qu'AMI 1,2, puisque la condition de trouble neurologique, psychiatrique, cognitif, sensoriel ou moteur n'est pas remplie.

Deux options existent pour ces patients :

  • Réaliser le pilulier gracieusement lors d'un passage déjà justifié par un autre soin facturable, en gardant à l'esprit que ce n'est pas rémunéré.
  • Orienter le patient vers une préparation des doses à administrer (PDA) proposée par certaines pharmacies, en sachets-doses hebdomadaires, qui répond au même besoin sans mobiliser un passage IDEL.

Facturer un déplacement ou un acte fictif pour un simple pilulier chez un patient autonome expose à un rejet CPAM en cas de contrôle, voire à une procédure pour facturation d'acte fictif. Notre guide sur les 10 erreurs de facturation IDEL les plus fréquentes détaille les pratiques à risque de ce type.

AMI 1,2 et cumul avec un autre acte lors du même passage

En tournée, la préparation ou la surveillance de la prise médicamenteuse s'enchaîne souvent avec un autre soin technique : pansement, injection, prise de constantes. La règle générale de non-cumul de l'article 11B de la NGAP s'applique alors par défaut : lorsque deux actes sont réalisés au même passage sur le même patient, seul l'acte au coefficient le plus élevé est coté à taux plein, le second est réduit à 50 % de son coefficient.

Certains actes bénéficient de dérogations explicites à cette règle, comme le prélèvement veineux (cumulable à taux plein dans la limite de deux actes). Aucune dérogation spécifique de ce type n'est mentionnée pour l'AMI 1,2 dans le texte de la décision UNCAM du 2 juin 2026. Par prudence, considérez que ce dernier suit la règle générale de dégressivité en cas de cumul, sauf indication contraire explicite de votre caisse ou de votre logiciel de facturation agréé SESAM-Vitale, qui applique normalement ces règles automatiquement.

Documenter le trouble : ce qu'attend la CPAM en cas de contrôle

L'AMI 1,2 n'est pas un acte à cotation automatique : c'est un acte conditionné à la preuve d'une incapacité du patient. En cas de contrôle, la CPAM vérifie que le dossier de soins établit clairement ce lien. Trois éléments doivent y figurer :

  • La nature précise du trouble : diagnostic ou description clinique (hémiplégie, DMLA, tremblements essentiels sévères, trouble neurocognitif majeur, etc.), pas une mention générique comme "patient âgé" ou "a besoin d'aide".
  • La fiche de surveillance prévue par le texte, mise à jour à chaque évolution significative de l'état du patient.
  • La prescription médicale qui justifie le traitement administré, cohérente avec les médicaments effectivement gérés lors du passage.

Un dossier qui se contente de coder l'acte sans documenter le trouble sous-jacent est le profil type d'anomalie relevée lors des contrôles de facturation NGAP, avec demande de remboursement d'indu pouvant porter sur plusieurs mois si la pratique est récurrente sur la patientèle.

Le cas particulier des patients en EHPAD

Pour les résidents d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), la prise en charge des soins infirmiers, y compris l'aide à la prise de médicaments, dépend en grande partie du statut de l'établissement (EHPAD avec ou sans pharmacie à usage intérieur, forfait de soins global ou partiel) et non des règles de ville détaillées ici. Un IDEL libéral qui intervient ponctuellement en EHPAD doit vérifier au préalable avec l'établissement quel volet des soins reste à sa charge facturable, la préparation du pilulier étant très souvent intégrée au forfait de soins de l'établissement lui-même.

Tableau récapitulatif

Situation du patient Cotation applicable Montant
Sous BSI (BSA, BSB ou BSC) Inclus dans le forfait, aucune ligne dédiée 0 € en plus
Hors BSI, trouble neuro/psy/cognitif/sensoriel/moteur documenté AMI 1,2 3,78 € par passage
Hors BSI, patient autonome sans trouble Non facturable 0 €

Pourquoi cette distinction compte pour votre chiffre d'affaires

Sur une patientèle de plusieurs dizaines de piluliers hebdomadaires, savoir distinguer ces trois cas a un impact réel. À l'inverse, appliquer l'AMI 1,2 sans documentation du trouble justificatif expose à un rejet a posteriori et à un remboursement d'indu, potentiellement sur plusieurs mois de facturation cumulée si le contrôle CPAM porte sur une période rétroactive.

La bonne pratique consiste à évaluer, dès la première prise en charge, si le patient relève du cas 1 (BSI), du cas 2 (AMI 1,2 avec trouble documenté) ou du cas 3 (non facturable), et à tracer cette évaluation dans le dossier de soins. Cette rigueur protège votre facturation et clarifie, pour le patient comme pour vous, ce qui relève du soin remboursé et ce qui relève du service rendu.

Ce que nous faisons chez Maison des Infirmiers

Nous suivons chaque évolution de la NGAP pour que la communauté IDEL dispose d'une information à jour et vérifiée, sans avoir à éplucher soi-même le Journal officiel. Pour sécuriser durablement votre cotation sur l'ensemble des actes de nursing et de surveillance, notre module de formation couvre les règles de cumul et les pièges de facturation les plus fréquents.

Sources officielles

Questions fréquentes

La préparation d'un pilulier est-elle un acte NGAP ?+

Non. La préparation d'un pilulier n'apparaît pas comme acte autonome dans la NGAP. Elle n'a pas de cotation propre et ne peut donc jamais être facturée isolément, quel que soit le contexte.

Comment facturer le pilulier pour un patient sous BSI ?+

Rien à facturer en plus. La préparation et l'aide à la prise de médicaments font partie des soins de nursing couverts par le forfait journalier BSI (BSA à 13 euros, BSB à 18,20 euros ou BSC à 28,70 euros selon le niveau de dépendance). Le pilulier n'ouvre aucune ligne de cotation supplémentaire.

Qu'est-ce que l'AMI 1,2 et quand s'applique-t-il au pilulier ?+

L'AMI 1,2, coté 3,78 euros, correspond à l'administration et à la surveillance de la prise de médicaments à domicile pour un patient présentant un trouble neurologique, psychiatrique, cognitif, sensoriel ou moteur rendant l'auto-administration impossible. Depuis le 21 juin 2026, son champ couvre les voies orale, ophtalmique, auriculaire, nasale, cutanée, vaginale et rectale. Il est facturable une seule fois par passage et suppose l'administration d'au moins un médicament remboursable, avec établissement d'une fiche de surveillance.

Peut-on facturer le pilulier pour un patient autonome, hors BSI ?+

Non. Si le patient n'est pas sous BSI et ne présente pas de trouble justifiant l'AMI 1,2, la préparation du pilulier reste un service rendu mais n'est pas un acte facturable à l'assurance maladie. Beaucoup d'IDEL le font par habitude ou lien de confiance avec le patient, sans le savoir non remboursé.

Le portage de médicaments par le pharmacien remplace-t-il le pilulier infirmier ?+

Ce sont deux prestations différentes. Certaines pharmacies proposent une préparation des doses à administrer (PDA) en sachets-doses, qui répond au même besoin de sécurisation de la prise médicamenteuse sans mobiliser un passage infirmier. Pour un patient autonome sans trouble particulier, orienter vers ce service peut être plus adapté qu'un passage IDEL non facturable.

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Camille Rousseau
Co-fondatrice, IDEL depuis 6 ans

Experte en accompagnement IDEL chez Maison des Infirmiers, Camille accompagne les IDEL depuis leur installation jusqu’à leur gestion quotidienne.

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